04 décembre 2008
Le slam des bibliothèques
Les bilbliothèques de l'artolie travaillent ensemble et à l'occasion sur des événements culturels. Je me souviens d'une après-midi ensoleillée ou pieds nus sur une belle terrase nous avions, laure et moi, écris "le slam des bibliothèques".
A tabanac, t'as pris une claque
Au tourne tu te retournes
A langoiran, tout fout le camp
A lestiac, apéro maniaque
A paillet, léve le pied
A rions, vas y fonce !
Mais il y a quoi dans ces bibliothèques ?
Des bébés lecteurs
Mais les bébés ne savent pas lire !
Mais c'est bizarre leur truc
Mais, mais monsieur
Mais, mais madame
Mais les bébés aiment les livres
Vous voyez bien ils les dévorent même
Ils s'en régalent et s'en délectent
Ils les dérangent et vous interrogent.
C'est quoi ça ?
Qui ou quoi ?
Tout en haut
Mon ami l'oiseau
Sur le fil
L'arbre sans fin
Je serais les yeux de la terre
La nuit où je suis née
Ce jour là sur terre
J'éléve mon papa
Chez adama
Si tu aimes lire entre les vignes,
entre les lignes,
tu aimeras lire en Artolie
L'artolie se lit sans modération
de la tétine au jupon
du jupon à la loupe
Et ce n'est pas faute de ces bibliothécaires
si tu ne sais toujours pas
où se trouve ta bibliothèque
Du web au grenier,
elles essaient tout pour te rencontrer,
et surtout les rencontres
Rencontre en Artolie,
en octobre dans ton pays
tu découvres la mémoire
la science et la non violence
et le fleuve qui serpente
entre les vignes,
entre les lignes
entre les pages des livres
si nombreux à t'attendre
dans nos rayonnages
pour tous les âges
et tout les goûts
surtout le tien
Alors viens
viens dans ta bibliothèque
entre les livres mettre ta tête.
Co-écrit par Laure et Sandrine
15 juin 2008
Quand Ferré chante Aragon
Elsa
"Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse
O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin
C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble
Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche
Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontré
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'a montré la contrée
Que la bonté seule ensemence
Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
A la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi
Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse"
Léo Ferré sur des paroles de Louis Aragon,
et s'il vous dit de prolonger ce moment de tendresse, c'est ici
05 mai 2008
Carnets de sagesse
Paroles Soufies des derviches anatoliens
Textes présentés par Sylvia Lipa Lacarrière
extrait
"Un derviche balaie la cour du tekke (couvent). Il est au service du maître de la confrérie et se nomme Yunus Emré. Il balaie car rien d'autre ne lui est accordé, si ce n'est de ramasser du bois dans la forêt. Pour lui, pas d'exercice avec le maître pour parvenir au sommet de l'échelle des initiés. Pour se consoler,il chante à voix basse des nefès - mot qui signifie "souffle" en turc et désigne des chants basés sur une métrique syllabique.
Une nuit se sentant ignoré, Yunus quitte le couvent. Après plusieurs jours de marche dans la steppe, il rencontre près d'une tente somptueuse, des hommes en train de manger dans des plats d'argent et qui lui ofrrent boisson et nourriture. D'où venait tout cela ? "De nulle part" répondent-ils. "Ces nourritures apparaissent chaque fois que nous entonnons les chants d'un derviches inconnu. Nous chantons des nefès de ce derviche et la steppe ce transforme en palais." A la demande de Yunus, ils se mirent à chanter et ces chants n'étaient autres que les siens ! Alors, Yunus partit en hâte et regagna plein de joie son tekke.
C'est dans l'immensité des steppes d'Anatolie, au coeur de la Turquie, qu'au XIIIe siècle, en une période particulièrement troublée apparaissent les premiers derviches (du persan darwich : pauvre), dont le chant porteur d'une spiritualité et d'une parole nouvelle, se greffe sur ce rameau mystique de l'islam qu'est le soufisme. ce terme désignait, à l'origine, la bure en laine, le souf porté par les moines. Yunus Emré, le démuni était de ceux-là et il fut le premier poète d'une longue lignée de moines et de chanteurs derviches qui se succédèrent en Anatolie jusqu'au seuil de notre siècle. Mais il fut le plus populaire de tous, car ses chants s'adressaient au peuple dans cette langue turque qui était la sienne, et qu'il fut le premier à utiliser pour parler de Dieu, en place du persan et de l'arabe. Ses poèmes, pleins d'images brûlantes et passionnées, pleins aussi des mots du quotidien, ont été reccueillis, dits et chantés en Turquie tout au long des siècles. et par eux, la parole soufie, renaissante en chaque poème, réincarnée en chaque poète, a pu parvenir intacte jusqu'à nous, pour "nous apprendre à apprendre".
Qu'ont ils d'unique entre tous les mystiques, ces derviches anatoliens dont la sagesse es très souvent aux limites de l'hérésie ? C'est que leur foi, si sincére et intense qu'elle soit, est aussi imprégnée d'un doute fécond qui les libére des dogmes. Ils aiment Dieu plus qu'ils ne le craignent et cet amour renouvelle leur vie au lieu de l'étouffer.
A côté de Yunus Emré, d'autres hommes inspirés ont contribué à construire ces chants limpides et fraternels, comme Hachi Bekts Veli, fondateur de la communauté des Bektachis, et Djalal-ud-Din Rûmi. Ce dernier contemporain de Yunus Emré, fonda l'ordre des derviches tourneurs, et fut l'auteur de milliers d'odes lyriques en langue persane. La méditation et l'extase suffisait à Yunus Emré. Pour Rûmi, s'anéantir dans la splendeur divine exigeait la musique et la danse, seuls moyens pour l'homme, de renaître debout dans le mouvement du monde.
Mais qu'importe les siècles ! Le temps n'existe pas là, où l'homme, en dépit de son humaine condition, tente aux côtés de ces derviches, le voyage vers l'ineffable. Aucun sectarisme ne pourra briser ces voix qui guident l'être en son espoir, cet islam ouvert, tolérant, et sa parole d'avant, d'aujourd'hui, de demain. Parole qui peut mener certains jusqu'à ce mystérieux - et si proche- rivage où "la mer chuchote le nom secret de Dieu" et où "âme et coeur contemplent les matins et les soirs".
Sylvia Lipa Lacarrière
"L'oiseau vole dans les hauteurs,
Son ombre se hâte sur la terre
S'enfuyant comme ombre d'oiseau.
L'imbécile prend en chasse l'ombre,
ne sachant pas
Qu'elle est le reflet de l'oiseau qui vole,
Ne sachant pas ce qu'est une ombre."
Djala-ud Din Rûmi
"Paroles soufies" est paru aux éditions Albin Michel (Carnets de sagesse)
13 avril 2008
Immortel, Pablo Neruda
Et si elle venait te chercher Pablo,
Je crois que tu ne partirais point.
tes mots sont là et ils ne me semblent pas figés
Non, ils sont vivants.
Aujourd'hui tes mots me parlent
et mes mains aiment les répandre.
Parce qu'ils sont les mots de la lutte,
le mirroir d'un coeur qui s'obstine.
Naître pauvre, être pauvre,
être l'ami des pauvres et des opprimés,
être la parole de ce monde qui souffre
et que l'on opprime
n'est elle pas là la grande richesse ?
Et même s'il nous faut en finir un jour,
verser des larmes.
La lutte n'en finit pas.
Toi
tu avais l'amour,
la force
et la raison de vaincre
et tu nous a laissé des mots
en partage...
Sandrine
"Je demande le silence"
"Qu'on me laisse tranquille à présent.
Qu'on s'habitue sans moi à présent.
Je vais fermer les yeux.
Et je ne veux que cinq choses,
cinq racines préférées.
L'une est l'amour sans fin.
La seconde est de voir l'automne.
Je ne peux être sans que les feuilles
volent et reviennent à la terre.
La troisième est le grave hiver,
la pluie que j'ai aimée, la caresse
du feu dans le froid sylvestre.
Quatrièmement l'été,
rond comme une pastèque.
La cinquième chose ce sont tes yeux,
ma Mathilde bien aimée,
je ne veux pas dormir sans tes yeux,
je ne veux pas être sans que tu me regardes :
je change le printemps
afin que tu continues à me regarder.
Amis, voilà ce que je veux.
C'est presque rien et c'est tout.
A présent si vous le désirez partez.
J'ai tant vécu qu'un jour
vous devrez m'oublier inéluctablement,
vous m'effacerez du tableau :
mon coeur n'a pas de fin.
Mais parce que je demande le silence
ne croyez pas que je vais mourrir :
c'est tout le contraire qui m'arrive
il advient que je vais me vivre.
Il advient que je suis et poursuis.
Ne serait-ce donc pas qu'en moi
poussent des céréales,
d'abord les grains qui déchirent
la terre pour voir la lumière,
mais la terre mère est obscure,
et en moi je suis obscur :
je suis comme un puit dans les eaux duquel
la nuit dépose ses étoiles
et poursuit seule à travers la campagne.
Le fait que j'ai tant vécu
et que je veux vivre encore autant.
Je ne me suis jamais senti si vibrant,
je n'ai jamais eu tant de baisers.
A présent, comme toujours, il est tôt
la lumière vole avec ses abeilles.
Laissez-moi seul avec le jour.
Je demande la permission de naître."
Pablo Neruda
12 avril 2008
Paroles soufies
Le relais des initiés
"Le coeur est parvenu jusqu'au relai des initiés
Ame et coeur y contemplent les soirs et les matins.
Que de choses il a vues et que d'instants, connus,
Ame et coeur y contemplent les matins et les soirs.
La terre de ces lieux a la couleur du cuivre
On dit aussi que l'or y recouvre tous les arbres
Et que monts et collines sont de pur lazuli.
Ame et coeur y contemplent les soirs et les matins.
On dit aussi qu'un large fleuve y coule
Où s'abreuve le peuple des anges et des oiseaux
Si nombreux que chacun en est émerveillé.
Ame et coeur y contemplent les soirs et les matins.
Ainsi suis-je arrivé jusqu'au vert océan
Où de blancs séraphins jouaient sur le rivage
Et où la mère me chuchota le nom secret de Dieu.
Ame et coeur y contemplent les soirs et les matins."
Mouhiddine Dolou
"Tu ne seras pas construit
Tant que tu ne seras pas en ruines"
Yunus Emré
Paroles Soufies, Textes recueillis par Sylvia Lipa Lacarrière, Albin Michel - Carnets de sagesse.
28 mars 2008
Utopistes
Si j'étais des vôtres
les réalistes
je ne pavoiserais point
Je regarderais le monde
et je dirais :"Voici mon oeuvre"
et j'en mourais de honte
Michèle Saint-lô
26 mars 2008
Pablo Neruda, poète du peuple
Le fugititif
A tous, à vous
êtres silencieux de la nuit
qui prirent ma main dans les ténébres, à vous
lampes
de la lumière immortelle, traînées d'étoiles
pain des vies, frères secrets,
à tous, à vous
je dis : il n'est pas de merci,
rien ne pourra remplir les coupes
de la pureté
rien ne peut
contenir tout le soleil dans les drapeaux
du printemps invincible
comme vos dignités muettes.
Je pense,
seulement
que j'ai parfois été digne de tant de simplicité, de fleur si pure,
que peut-être je me suis confondu en vous, cela même,
cette mie de la terre, farine et chant,
mélange naturel qui sait
d'où il vient et à qui il appartient.
Je ne suis pas une cloche si lointaine
ni un cristal enterré si profond
que tu ne puisses me déchiffrer, je suis seulement
peuple, porte cachée, pain obscur,
et quand tu me reçois, tu te reçois
toi-même, ou cet hôte
si souvent frappé
si souvent
renaissant.
A tout, à tous,
à tous ceux que je ne connais pas, à tous ceux
qui jamais ne connurent mon nom, à ceux qui vivent
le long des fleuves
au pied des volcans, à l'ombre
sulfurique du cuivre, aux pêcheurs, aux simples laboureurs,
aux indiens bleus au bord
des lacs scintillants comme du verre,
au cordonnier qui à cette heure s'interroge
clouant le cuir de ses vieilles mains,
à toi, à celui qui sans savoir m'a attendu,
j'appartiens, je reconnais, et je chante.
Chant général 10,
"Le fugitif", Pablo Neruda
Poète chilien, prix nobel de littérature en 1971
pablo Neruda, 30 juin 1966, lors d'une scéance d'enregistrement à la bibliothèque
du congrès américain à Washigton D.C.
Pablo Neruda
Poète du peuple
"Ma poèsie et ma vie ont couru comme un fleuve américain, comme un torrent du Chili, né dans la profondeur secrète des montagnes australes et dirigeant inlassablement vers une issue marine le mouvement de ses eaux. Ma poèsie n'a rien rejeté de ce qu'a charrié son courant ; elle a accepté la passion, elle a développé le mystére, elle s'est frayé un chemin dans les coeurs du peuple.
Mon destin a été de souffrir et de lutter, d'aimer et de chanter ; le triomphe et la défaite ont été mon lot en ce monde, et j'ai connu le goût du pain et j'ai connu le goût du sang. Que peut désirer d'autre un poète ? Toutes les alternatives, celles qui vont des larmes aux baisers, de la solitude à la chaleur populaire, durent et agissent dans ma poésie, car j'ai vécu pour elle et elle a nourri mes combats. Si j'ai reçu nombre de prix, des prix fugaces comme des papillons au pollen fugitif, j'ai obtenu un prix suprême, un prix que beaucoup dédaignent, mais qui, en réalité est pour beaucoup inaccessible. Je suis arrivé, au long d'une dure leçon d'esthètique et de recherche, à travers les labyrinthes de la parole écrite, à être le poète de mon peuple. C'est là ma récompense, et non les oeuvres et les poèmes traduits ou les livres rédigés pour décrire ou disséquer mes mots. Ma récompense est ce moment grave de ma vie où, au fond du charbon de Lota, en plein soleil dans la salepêtrière ardente, un homme est monté de la fosse comme on remonte de l'enfer, le visage transformé par le travail terrible, les yeux rougis par la poussière et, me tendant sa main durcie, cette main qui porte la carte de la pampa dans ses cals et dans ses rides, m'a dit, les yeux brillants : "il y a longtemps que je te connais, mon frère. " Oui, c'est le laurier de ma poèsie, ce trou dans la pampa redoutable, d'où sort un ouvrier à qui le vent, la nuit et les étoiles du Chili ont répété maintes et maintes fois : "tu n'es pas seul ; il existe un poète qui pense à tes souffrances."
J'avoue que j'ai vécu
"La patrie dans les ténébres"
Traduction de Claude Couffon, Gallimard
10 mars 2008
Proverbe touareg
"Ne te lasse pas de crier
ta joie d'être en vie
et tu n'entendras plus d'autres cris."
02 mars 2008
Paroles de Touaregs
"Qui rêvera sur les traces de nos pas effacés?"
Textes présentés par Maguy Vautier aux éditions Albin Michel
"Et dans le désert de mon coeur,
qui agrandit le désert du sable,
le silence ajoute un voile sur mon voile,
avec ses mains d'air et de sable.
Le silence ajoute un cri à tous les cris,
avec sa bouche d'air et de sable.
Le silence ajoute une image
à toute les images,
avec ses yeux d'air et de sable.
Et sous mes deux voiles, je vis deux fois,
pour t'entendre et pour te voir, ô Dassine,
toi que je ne voulais plus nommer,
et que je nomme sans cesse
à chaque battement de mon coeur."
Poème recueilli au campement des Kel Ahaggar
27 février 2008
Paroles indiennes
La Mère Nature est toute puissante, ayant pour elle
l'éternité. Que sont les inventions des hommes, les
cités hautaines qu'ils élèvent aux confins du désert,
les armes terribles qu'ils emploient pour assurer et
défendre leurs conquête ?
Rien qu'un peu de poussière constituée que les
grandes forces naturelles tendent à restituer dans sa
forme primitive. Désertez pendant quelques années
la citadelle, abandonnez quelques mois le canon ou
la mitrailleuse dans la Prairie, et bientôt l'herbe et
la ronce auront envahi la pierre, la rouille rongé
l'acier dur.
Bien des fois, jadis, de vastes solitudes ont été peuplées
par des villes puissantes. Il n'en reste plus
aujourd'hui que des ruines et les ruines elles-mêmes
finissent par se confondre avec la terre éternellement vierge.
Qu'importent les hommes qui passent ? L'esprit n'a
qu'à souffler sur eux et ils ne seront plus ! Alors les
fils de la Terre reprendront possession de la Terre.
Et les temps passés redeviendront nouveaux !
Les inspirés de la Ghost Dance
Extrait de paroles indiennes, textes recueillis par Michel Piquemal (Albin Michel)













